Lidl: des salariés expliquent leur calvaire au travail, le choc !

Source : francebleu.fr

Lidl est une enseigne allemande de la grande distribution qui s’est fait connaître par les produits discount. Elle occupe 7 % du marché français et emploie 45 000 salariés. Ce géant est le sixième employeur privé de l’Hexagone. Malgré ces bons résultats, les syndicats bretons évoquent une nette « dégradation des conditions de travail ». Cela, peu importe le niveau de responsabilité du salarié dans la chaîne de distribution.

Une nouvelle direction

Selon Frédéric Nelleau, il a travaillé chez Lidl jusqu’à son licenciement au mois de juillet 2021. Il est actuellement délégué syndical CFE-CGC. La dégradation des conditions de travail au sein de cette entreprise aurait commencé en 2017, année où l’actuel directeur régional a pris ses fonctions. 

Cet homme aurait « carte blanche » pour mettre à la porte « les anciens ». Et cela, dans le but de rajeunir l’effectif. Ceux qui ont plus de 45 ans auraient été considérés comme peu productifs. Afin de mesurer la performance de chacun, de nombreux classements ont été établis.



Jean-Marc Boivin, un autre délégué syndical CFE-CGC, ajoute que tout y est contrôlé. Il y aurait un « top 20 mensuel des meilleurs supermarchés de la région en fonction du turn over, des arrêts maladie ou des accidents du travail ». Cela a pour effet d’augmenter les risques d’accidents de travail. Sauf que même si cela arrivait, les salariés hésitent à les déclarer de peur de nuire à leurs résultats.

Quant à ceux qui déclarent avoir effectué des heures supplémentaires, ils sont réputés pour être mal organisés. Les objectifs sont si élevés que les salariés consentent à ne pas noter leurs heures supplémentaires. Le tout, sans être payé par la suite.

Des faits que réfute la directrice des ressources humaines de Lidl France lorsqu’elle a été interviewée par l’AFP. Elle affirme que la direction effectue un suivi au niveau national sur le sujet des anomalies du temps de présence. Selon Anne Broches, les classements établis n’octroient que des « rémunérations symboliques » comme des cartes cadeaux. 


Un management par la peur

Thierry Chantrenne, délégué syndical central CGT, pointe du doigt le fait que l’effectif ne soit jamais au complet. L’entreprise remédie à cela en demandant à ses salariés de faire preuve d’une certaine polyvalence. Les objectifs de productivité sont si élevés et les pressions énormes que cela a fini par user les salariés, explique une sociologue.

Un endroit mentalement nocif

Antoine, un ancien de Lidl, explique que c’est un « endroit nocif mentalement ». L’ancien préparateur de commandes de la plateforme logistique de Ploumagoar dans les Côtes-d’Armor, près de Guingamp, ajoute qu’on leur fait constamment ressentir qu’ils ne sont pas bons. Le salarié breton aurait été licencié en raison de sa lenteur. Même s’il est en train de contester son licenciement devant les prud’hommes, le jeune homme de 25 ans avoue qu’il revit depuis qu’il ne travaille plus chez Lidl.

En 2021, une information judiciaire a été ouverte pour harcèlement moral et discrimination syndicale a été ouverte suite à une quarantaine de plaintes déposées. L’équipe encadrante de la direction régionale de Bretagne a même été placée en garde à vue à deux reprises. La première fois en février et une seconde fois en juin.

L’une de ces plaintes a été déposée par Catherine Lucas, l’ancienne directrice du magasin de Lamballe (Côtes-d’Armor). Malheureusement, celle-ci a fini par s’ôter la vie à 49 ans après 27 ans à travailler chez Lidl. Avant de mettre fin à ses jours, elle a écrit une lettre à l’inspection du travail accablant pour se plaindre des humiliations qu’elle aurait subies. En plus d’avoir été traitée d’incapable, elle disait que le directeur avait une « approche agressive, dont la finalité est de laisser les gens dans la torpeur et la détresse ».

Un constat désastreux

Au vu de la situation, le Comité économique d’établissement de Lidl Bretagne a voté le recours à une expertise « risque grave ». L’entreprise a contesté cela auprès de la justice. 170 des 1 634 salariés de Lidl Bretagne sont partis au mois d’août. Ils ont un taux d’absence de 25,26 % de taux d’absentéisme. Tout cela sans parler des atteintes au Code du travail, comme le fait de mettre à la porte des employés qui ont entretenu une relation ou qui se sont indiqués.

« Un cadre immobilier en arrêt maladie après une entorse sévère a vu débarquer chez lui son supérieur, ordinateur à la main, pour qu’il reprenne le travail », raconte Jean-Marc Bovin

Le tribunal de Saint-Brieuc ne pouvait que débouter l’entreprise. Le risque grave est tout à fait caractérisé.

En 2015, un salarié a mis fin à ses jours sur son lieu de travail. Suite à ce drame, Lidl a été mis en examen pour homicide involontaire. Un autre suicide survenu en 2014 a abouti à une condamnation de l’entreprise pour « faute inexcusable ».

Lidl Bretagne rencontre des difficultés de recrutements depuis quelques mois. Elle explique la situation actuelle en dénonçant le « climat historiquement très difficile avec la CGT et la CFE-CGC en Bretagne ». D’un autre côté, l’entreprise met en avant les efforts qu’elle fait pour prévenir les risques psychosociaux.